Low Roar, murmures volcaniques

Article paru sur DumDum.fr

Low Roar est le projet du chanteur-compositeur Ryan Katazija, autrefois membre de Audrye Sessions, groupe américain tendance rock indé. Katazija quitte la Californie et San Francisco après la séparation du groupe, en 2011, pour s’immerger dans les froides ambiances islandaises. Il compose alors un premier album seul, bricolé sur son ordinateur, où il débite son spleen, en utilisant les figures classiques du déracinement, la douce amertume des premières solitudes, l’incertitude des contacts esquissés, avec une sensibilité simple mais d’une remarquable profondeur.

Pour ce second album, enregistré en studio cette fois, aux CMT Studios de Reykjavik (eh oui, il n’y a pas que la désormais mythique Greenhouse où l’on peut faire du bon boulot), Ryan Katazija s’est ce coup-ci entouré, et semble trouver dans le décidément brillant microcosme musical islandais son plein épanouissement. « Quelque part, les gens ici sont plus modestes, plus authentiques : ils s’investissent dans ces projets parce qu’ils le veulent vraiment, parce qu’ils veulent créer quelque chose ; pas parce qu’ils pensent que ce qu’ils sont en train de faire va leur apporter beaucoup d’argent soudainement », expliquait-il dans une interview publiée sur le site du festival Iceland Airwaves, plein d’admiration pour sa nouvelle famille d’accueil. De là à prétendre que c’est dans cet esprit spécial que la scène islandaise, et Low Roar en particulier, puisent leur fraîcheur et leur sérénité caractéristique, il y a un pas trop hasardeux à franchir. Mais c’est tentant. De fait, cette nouvelle collaboration apporte à Low Roar des sonorités plus éclectiques, américaines et islandaises, une production plus consistante et des arrangements plus subtils encore, et ce, sans imiter pour autant la ribambelle de groupes synth-pop et rock psyché présente sur l’île.

Chacun des morceaux de l’album est une perle en soi, une sorte d’achèvement : mis bout à bout, ils forment un disque complet, un univers riche et varié, sans temps faible ni trou d’air. À chaque morceau son développement singulier, loin du sempiternel schéma couplet/refrain. Et Low Roar, en phase avec son temps, n’hésite pas à saupoudrer ses propositions de touches électroniques et R’n’B ou de violons joués pizzicato, sans tomber dans un burlesque fatigant où s’évanouirait toute volupté. On pense inexorablement à Sigur Rós – même si le travail de Low Roar apparaît plus clair, plus organique aussi. On retrouve dans le kaléidoscope de 0 la féérie géologique propre à l’Islande, ce maëlstrom de paysages improbables forgés par l’arbitraire volcanique, l’alternance hallucinatoire des couleurs minérales, l’étrange côtoiement des vapeurs d’eau issues du sous-sol et de la glace crispée par le ciel, l’immensité désuète des plaines sans vie comme la tendresse humaine qui affleure souvent dans les relations amicales où se serre un peuple insulaire en proie à la sévérité des conditions climatiques.

Avec « Breath’in », 0 s’ouvre sur de vastes nappes de cordes entrelacées par la voix angélique de Ryan, évoluant aussi lentement qu’une lumière d’hiver, comme une braise indécise. Avec « Easy Way Out », on trouve une mélodie délicate, assombrie de vagues feulements rappelant les sons d’outre-tombe, sorte de bribes vocales irrégulières, qui hantent les scènes orgiaques d’Eyes Wide Shut. Dans un autre genre, « Nobody Loves Me Like You », ballade amoureuse gracile, se montre d’une légèreté aussi déconcertante qu’irrésistible. « I’ll Keep Coming » est peut-être le climax de l’album : une construction complexe et inventive, toute en intelligence, mélange électro et R’n’B alternatif où l’on perd doucement pied dans une solennité d’encre, sombre mais aérienne à la fois. La seconde partie de l’album apparaît plus déliée et se termine par « Please Don’t Stop (chapter 2) », sorte de promesse céleste, une fin de voyage au bout d’une nuit qui ne s’est pas déshabillée du jour, l’échappatoire irréelle d’une aurore boréale. À signaler sur le chemin : « Dreamer », sublime ballade folk tissée sur l’épure guitare-voix, où Ryan Katazija révèle toute sa majesté, élégante, élémentaire, évidente.

Clément Sénéchal

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