François Bayrou en état d’urgence

F. Bayrou, juillet 2011, Assemblée nationale ©C. Sénéchal

Que fait François Bayrou? Il donnait une conférence de presse samedi 9 juillet 2011 à l’Assemblée nationale, pour expliquer qu’il n’avait pas disparu.

«Notre pays est en situation de choc»

François Bayrou a donc profité du renouvellement dans la matinée de la moitié du Conseil national de son parti pour tenir une conférence de presse et déligner sa position avant la trève estivale. Entouré pour la photo de deux femmes, Marielle de Sarnez et Jacqueline Gourault, François Bayrou a construit son discours autour de la «situation de choc» dans laquelle se trouvait la France aujourd’hui. Enjeu stratégique pour lui: ouvrir un espace sémantique qui lui permette de reconstruire un récit susceptible de le réintégrer dans l’actualité du débat politique.

F. Bayrou, juillet 2011, Assemblée nationale ©C. Sénéchal

François Bayrou a donc parlé des «sujets brûlants» qui se présentaient à l’action politique, à commencer par le «catastrophique» déficit commercial extérieur de la France, qui atteint 7, 46 milliards d’euros et qu’il a qualifié de «véritable hémorragie de la substance du pays, et du travail des Français, pour financer les entretreprises ou les emplois des autres pays. ». Les causes de ce déficit extérieur ? Il n’en dira mot cette fois-ci. Les politiques économiques necéssaires pour remédier à cette «situation accablante» ? Idem. «Vous aurez des réponses précises dans les semaines qui viennent» promet-il.

Il laisse observer cependant que «ce qui est frappant, c’est qu’à l’intérieur de la zone euro, avec la même monnaie, avec les mêmes standards sociaux, d’autres pays réussissent infiniment mieux.» À qui pense-t-il ? À l’Allemagne, bien sûr, qui bénéficie d’un excédent commercial de 150 milliards d’euros par an quand la France souffre ses 80 milliards de déficit. Comprendre: la logique structurelle des institutions européennes n’est pas en cause dans les problèmes économiques dramatiques que subissent ses différents membres, à commencer par la Grèce, qu’il ne mentionnera pas ce jour-là.

François Bayrou se contente simplement de conclure le chapitre économique en remarquant que le gouvernement n’est plus crédible quand il prétend que «la crise est derrière nous, que la croissance est repartie, etc». Car au lieu des 2,5% de croissance promis à plusieurs reprises par le gouvernement, l’INSEE constate une croissance de 0,2 points pour le printemps 2011, souligne-t-il : «des réalités de bilan que les Français vivent réellement dans leur vie de tous les jours».

S’appuyant ensuite sur le récent rapport de la Cour des Comptes (ouvrir en pdf), sévère quant aux résultats des politiques sécuritaires du gouvernement (lire ici l’article du Monde), François Bayrou a estimé que «les résultats en matière de sécurité ne sont pas là et ne sont pas à la hauteur des annonces multiples et des réorganisation proclamées et qui ont été faites dans notre pays», ce qui signifie que «l’orientation générale de la politique de sécurité n’est pas la bonne» conclu-t-il. Or, «le gouvernement avait ce chapitre aux premiers rangs de ses urgences et priorités» rappelle-t-il. Sur le même thème, il en profite pour souligner «le contraste entre les chiffres proclamés et la réalité du pays» en ce qui concerne les politiques d’immigration. Ce faisant, puisque même dans ce qui constituait ses priorités le gouvernement est en échec, François Bayrou s’autorise le diagnostic d’un «décalage entre l’affirmation publique et la réalité» aujourd’hui «très bien perçu par les Français».

«Je ne discute pas avec Jean-Louis Borloo»

Situation de choc, discrédit de l’action et de la parole publique portée par le gouvernement, voici les éléments discursifs de constat à partir desquels François Bayrou a tenté ensuite de justifier sa présence et son utilité politique. Car pour lui, ces deux éléments font qu’il «est temps que s’engage une politique différente pour un avenir différent», politique que le MoDem a la capacité de mener parce qu’il a choisi d’être «indépendant», hors des «alliances mécaniques qui ont d’ores et déjà choisi la dépendance à l’égard des deux grands partis». Ce faisant, le MoDem serait le seul à pouvoir proposer une «politique de la vérité». Il en veut pour preuve la récente sortie de Manuel Valls (dont il se félicite), qui a affirmé le 7 juillet dernier (voir son intervention sur BFM Tv) qu’il était impossible de revenir à la retraite à 60 ans et que la création de 300 000 emplois jeunes prévue dans le programme du PS serait une erreur. Il en profite pour affirmer, sans étayer plus, que le PS, «l’autre grand mouvement principal, n’est pas en mesure d’apporter des réponses {…} à la crise du pays».

François Bayrou en profite alors pour élaborer une nouvelle maxime, un futur slogan peut-être: «Partir de la vérité pour arriver à la volonté politique», et non à partir des classiques «promesses, mensonges, et faux semblants». Il l’affirme, «seule la vérité permet le redressement, {…}c’est la seule réponse possible pour un vie démocratique puissante et juste.»

F. Bayrou, juillet 2011, Assemblée nationale ©C. Sénéchal

François Bayrou évoque ensuite le déplacement qu’il a effectué, à l’invitation de Jean Arthuis, au Congrès de l’Alliance centriste le samedi 2 juillet 2011, à Angers, pour louer l’esprit d’ouverture et de rassemblement qu’il a senti dans les forces centristes en présence : «J’y suis allé pour dire qu’il fallait relever le défi du redressement du pays ensemble, avec les autres centristes, mais pas seulement. Avec tous les démocrates». Dans un même répertoire, il déclarait déjà à cette occasion : «Nous sommes la force politique qui considère qu’on ne peut pas sortir le pays de difficultés qui sont les siennes, sans partir de la vérité. La vérité aujourd’hui oblige à dire que nous sommes un pays en état d’urgence. Je ne veux prendre qu’un seul chiffre: au mois d’avril 2011, dernière statistique en date, le déficit du commerce extérieur de la France, l’hémorragie, ce qui s’en va de notre pays mois après mois, a été de 7,5 milliards d’euros.»

Mais c’est plutôt dans son positionnement vis-à-vis de l’alliance républicaine et de Jean-Louis Borloo que risque de se jouer sa stratégie politique de conquête du pouvoir. Or, de côté là, François Bayrou, qui prépare «la révélation d’une autre majorité», se montre ferme : «Non ! je ne discute pas avec Jean-Louis Borloo». Car si l’ancien ministre de l’Écologie a effectivement quitté l’UMP, François Bayrou n’est pas dupe: «Je ne veux pas appartenir à la majorité actuellement en place. {…}Or, ils ont été, pour la plupart d’entre eux {les centristes qui ont démissionné du gouvernement}, des responsables de premier plan, ils ont été pour la plupart des ministres avec des portefeuilles très lourds, ils ont été numéro 2 du gouvernement, et ils suppliaient qu’on veuille bien les nommer à des postes encore plus importants… Donc ils n’ont pas de contradiction avec la politique suivie par Nicolas Sarkozy. Ils ont une amertume de ne pas avoir été choisis pour les postes qu’ils envisageaient. C’est une vision complètement différente. Je crois que ce n’est pas un secret de dire que j’aurai pu avoir des propositions flatteuses de la part de la majorité. {…} Mais la politique pour moi, ce n’est cela. Il faut se tenir à la ligne que vous avez choisi, et l’élection présidentielle est l’élection de gens cohérents».

Quand une journaliste pointe du doigt son esseulement, il s’agace et la somme de regarder autour d’elle, qu’elle constate la présence «de cette équipe soudée» qui l’entoure, d’après lui «plus solide qu’il y a quelques années». Pour les réponses à donner aux constats dressés par le leader du MoDem, nous attendrons donc les semaines qui viennent. Pour savoir s’il sera candidat également.

(Article publié sur Mediapart.fr)

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